le rimailleur

poésie satirique politique

25 septembre 2007

Eh oui, me revoilà !

           Le Bateau Sobre

(ben oui, j'avais oublié mon Heidi)
                  
ou

De la ploutocratie en Amérique

                      (satire)

J’aime notre Grand Roi, ce génie politique

Solon majestueux, arbitre du bon goût,

Démosthène fameux à l’élégant bagou ;

Son exemple m’a fait traverser l’Atlantique.

Je ne pouvais rester en ces terres mesquines

Où depuis trop court temps règne notre César,

Point encor pénétrés de lui, les franchouillards

Tardaient trop à comprendre une voix si divine…

Plaçant avec respect dix de mes pas tremblants

Dans une titanesque enjambée du Géant,

Je partis pour la rive où nage la baleine

(Et où naguère aussi batifola la reine).

Je vis la vraie patrie de notre bienfaiteur,

Cette contrée bénie qui fait battre son cœur…

- Non, je dois avouer : j’accompagnai ma mie

qui partait pour un an fréquenter des génies.

Lors donc accompagné d’images et de mythes

Timide, je passai la terrible guérite

Où l’obscur gardien du limes interroge

Le barbare qui veut enfiler une toge.

A bord d’un char d’assaut qualifié de voiture

J’ai parcouru Boston à la noble figure

Jusqu’aux douces allées d’un Cambridge nouveau

Qui des vastes nations suce tous les cerveaux.

Là j’admirai Mammon serviteur de Minerve

- A moins que ce ne fût la déesse qui serve -

Je pensai côtoyer l’élite à peu de frais

- Lesquels sont hors de prix, pour vous dire le vrai - .

J’aimai ce paradis sans pauvres, sans rustauds

Cette vallée sublime où coulent sans défaut

Le lait d’érudition, de la pensée le miel

- Même si j’eusse aimé plus de sel et de fiel…

Quel bonheur de ne voir que sages jeunes filles

Jeunes gens bien sérieux, flânant sous la charmille,

Ecureuils bondissants, Chinois s’esbaudissant,

Docteurs s’enrichissant, Français se trahissant…

Sortant de ce cloaque où barbotent les pontes,

Nous allâmes bientôt, sans souci et sans honte

Dépenser les dollars dont nous étions lardés

Dans un lieu que Mercure avait achalandé.

Stamboul peut remballer son minable bazar,

Marrakech ses vieux souks et ses vendeurs tocards :

S’offrant aux endettés, tous les objets du monde

Attendaient de combler le vide où tout abonde…

Là venaient s’échouer ce qui sortait des mains

Des Chinois, des Malais, des Turcs et des Roumains;

Les Nations vomissaient en ce lieu magnifique

Le produit de leur vie pour quelques coups de trique.

Quelle joie d’acheter, d’exister par les choses,

Et de ne plus penser aux effets et aux causes ;

Revenant tous chargés à la grosse Honda,

Nous goûtions le plaisir d’être notre barda.

Mais bientôt nous vivions comme des indigènes

Fumant dans la ruelle et buvant dans la gène ;

Nous disions « wonderful ! » et « great ! » à tout instant

Et n’oublions jamais de bien montrer nos dents.

Mais notre doux foyer, pour être confortable,

Avait quelques défauts, quoique fort réparables.

Une porte fermait avec difficulté

Et je ne pouvais pas tout seul la redresser.

Un artisan vint donc, salua, tout sourire,

Enleva son blouson, et posa sans mot dire

Sur la petite table une caisse à outils ;

Mais avant de percer, de visser sur mon huis,

- Vous allez me traiter de menteur ou de dingue -

Au lieu d’une perceuse, il me sort un gros flingue.

« Où pourrais-je le mettre ? Un tiroir serait bien… »

Me dit tout calmement ce possible assassin.

Bafouillant, contemplant sous mon nez sa pétoire

Désirant avant tout ne pas faire d’histoires,

Près de m’évanouir, je fais ce qu’il me dit

Et, tremblant, je retiens ma panique et mes cris.

Mais lui, tout en vissant tranquillement la porte,

Voyant que la frayeur à mon visage porte

La pâleur, la rougeur, la verdeur tour à tour,

Me dit « C’est pour mon job » et continue ses tours.

Quand, ce cow boy parti vers d’autres aventures,

Je regardai, content, la nouvelle serrure,

Je ne pus qu’admirer la superbe Amérique,

Qui donne à ses plombiers une arme automatique.

Quel est donc ce pays d’où, malheureux, je viens

Qui laisse sans vergogne un brave électricien

Tout nu, sans un fusil, sans une mitrailleuse,

Risquant chez ses clients une vie dangereuse ?

Il est vrai que chez nous, les braves artisans

Pour nous faire tomber dans un effroi cuisant

N’ont que faire d’une arme à leur large ceinture.

Il suffit pour cela qu’ils montrent leur facture.

(à suivre)

Posté par lerimailleur à 23:48 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=245985&pid=6332600

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :